mercredi 3 novembre 2010

L'attendre


Je peux écrire les vers les plus tristes, mais je ne veux pas. Neruda sera en colère si je le fais, il se montrera jaloux. Ou, qui sait, peut-être se rirait avec une rire sec et âpre, avec une odeur de tabac et vin et sel de mer, enveloppé dans un vieux costume avec un manteau réparé aux coudes. Qui sait ? Le cas est que je ne déroberais à Neruda son piédestal, il serait mieux qu’il écrive les vers tristes et moi j’écrirais les autres choses. Je n’aime pas les moments de réflexions, ou pour mieux dire et d’une autre manière, les moments où la réflexion est imposée par les conditions externes à moi-même. Attendre un avion ou un bus, même si tu sais qu’il y a des heures devant toi a ne rien faire, et même si tu sais que l’attente n’importe pas quand tout ce que tu fais pour perdre les temps est inutile ;  ça passera lentement. Attendre quand tu sais que l’attente sera longue, c’est ce que je déteste. Et plus que tout, attendre entouré de personnes qui ne font rien d’autre qu’attendre. L’ambiance se remplit comme d’un désespoir contenu, chargé de dynamite. Ou peut-être que je suis le désespéré. Je ne sais pas pourquoi je suis si prévenu, que j’aime arriver tôt aux terminaux et gares pour ne pas être pressé, mais après il résulte que j’ai des heures d’attente devant moi. C’est une de ces choses incohérentes de ma personne, comme le fait que j’aime le rock post-Pink Floyd mais je leurs déteste. Je dois essayer d’être un peu plus cohérent... peut-être un peu.